J’ai reçu MON litre de « pulpe de batana ». Ou d’huile de palme rouge ?
Par Ange, palmitologue · 5 min de lecture

Rapport d’ascenseur : 8 h 12
Tenue : cardigan de mamie. Humeur : j’ai 5 litres d’huile orange qui m’attendent à la maison, et beaucoup de questions.
Chère Palmities, cher Palmity,
Le batana est partout. « Huile miracle du Honduras », « mes cheveux ont poussé en 30 jours »,des ventes de pots à prix d’or e de diamant tellement c’est cher. Alors j’ai fait ce que fait toute palmitologue qui se respecte : j’en ai commandé.

J’ouvre le bidon. Je sens. Je regarde. Je touche. ET LÀ, GUIN GUIN. Guin guin guin guin… j’ai dit » mais non c’est de l’huile de palme rouge là » . c’est la même odeur. la même couleur. La même texture.

MAIS POURQUOI? lA RAISON Elle est peut-être plus simple, donc j’ai cherché.


Le test des trois sens

Bon, long story short : j’étais choquée. Et intriguée. Et curieuse, tout ça en même temps.
J’ouvre le bidon, je sens : odeur fruitée, un peu terreuse. Je sens mon huile de palme rouge. Non. C’est la MÊME.
Côte à côte : orange vif toutes les deux. Un doigt dans chaque pot : pâteuses toutes les deux. Trois sens sur trois.
Pourquoi ils se ressemblent autant
Le batana vient d’un palmier d’Amérique, Elaeis oleifera. Notre huile rouge vient du palmier africain, Elaeis guineensis. Même genre botanique, Elaeis. Dis-toi juste que ce sont deux cousins, un né au Honduras, l’autre en Côte d’Ivoire.
Et c’est là que le mot « pulpe » sur mon bidon devient intéressant. Le batana traditionnel, celui que les Miskitos du Honduras préparent, se fait avec la noix du fruit, grillée puis pressée, exactement comme on le fait avec l’huile de palmiste noire. Il est brun doré, avec une odeur de noisette ou de terre. Moi, j’ai reçu de la pulpe : la chair orange autour de la noix. Et la pulpe d’un palmier Elaeis, qu’il soit américain ou africain, est orange, parce qu’elle est bourrée de caroténoïdes, les mêmes pigments que dans la carotte.
Donc mon bidon n’est pas forcément un mensonge. Il n’est simplement pas le batana des vidéos. C’est comme commander « du café » et recevoir la cerise rouge qui entoure le grain. C’est la même plante. Ce n’est pas la même chose.
J’ai vérifié les papiers
Avant de crier à l’arnaque, j’ai fait ce que tout le monde devrait faire : j’ai lu la fiche de sécurité et le certificat d’analyse (le COA, c’est le bulletin de notes du lot). Verdict :
✓ Nom botanique : Elaeis oleifera Fruit Oil.C’est bien le palmier américain. Pas d’huile rouge africaine déguisée.
✓ Partie utilisée : le fruit, pressé à froid.Donc la pulpe orange, pas la noix grillée des vidéos.
✓ Origine : le nord de la Colombie.Pas le Honduras des Miskitos. Le même palmier pousse dans plusieurs pays d’Amérique centrale et du Sud.
Donc je n’était pas folle : c’est de l’huile de pulpe de palmier américain, et elle ressemble à l’huile de pulpe de palmier africain parce que ce sont des cousines. Selon des chercheurs brésiliens, la pulpe d’Elaeis oleifera contient entre 44 et 63 % d’acide oléique, et parfois plus de 2 000 mg de caroténoïdes par kilo.
Bref : avant de payer un pot de batana au prix de l’or, pose trois questions au vendeur. Quel palmier, en latin ? Quelle partie du fruit, pulpe ou noix ? Et tu as le COA ? Moi, j’ai eu mes réponses. S’il ne sait pas répondre, ça m’a toussé kosso kosso.
Et maintenant que je sais ce que j’ai dans mon bidon, on va s’en servir. Rendez-vous samedi pour la première recette.
Ton bidon aussi ressemble à de l’huile rouge ?
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